MALCOLM McDOWELL

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Malcolm McDowell

Biographie
Il est né le 13 juin 1943 à Leeds en Grande-Bretagne, sous le nom de Malcolm John Taylor. Son père, gérant de pub à Liverpool l’envoie au Collège Cannock, une école du Kent, pour des études à jamais inachevées. A dix-huit ans, il revient à Liverpool pour seconder son père, puis parcourt le Yorkshire comme représentant en café. Le hasard l’oriente vers une carrière théâtrale modeste. Figurant au théâtre Aldwych de Londres, il obtient un rôle important à la télévision dans Iron Johnny. Il prend des cours de comédie et intègre la prestigieuse Royal Shakespeare Company dans les années 60. Il débute au cinéma dans Poor Cow (Pas de larmes pour Joy - 1967), le premier long métrage de Kenneth Loach, avec Carol White et Terence Stamp, dans des séquences finalement coupées au montage. C’est alors qu’il joue Sébastien dans Twelfth Night au Royal Court Theatre de Londres qu’il rencontre Lindsay Anderson. Il lui propose le rôle de Mick, l’écolier rebelle de If… (1968). Le succès est immédiat. En quatre films, Malcolm McDowell devient l’un des acteurs les plus marquants du cinéma britannique des années 70. Il s’enthousiasme pour son rôle d’homme traqué de Figures in a Landscape (Deux hommes en fuite - 1970) sous la direction de Joseph Losey et campe avec beaucoup de sensibilité l’athlète infirme de The Raging Moon (1971) de Bryan Forbes. Il refuse maintes propositions jugées inintéressantes avant d’accepter celle de Stanley Kubrick et d’être l’extraordinaire Alex de Clockwork Orange (Orange mécanique - 1971), jeune voyou épris d’ultra violence, de sexe et de Beethoven. Il est ensuite le Candide de O Lucky Man ! (Le meilleur des mondes possibles - 1973) de Lindsay Anderson et le Capitaine Fleishmann dans Royal Flash (Le froussard héroïque - 1975) de Richard Lester : personnages d’exception que Malcolm McDowell par l’intelligence de sa création, sait rendre particulièrement attachants. Avant d’être un délirant Caligula (1979) dans le mémorable film éponyme de Tinto Brass. En 1982, il est victime de La Féline (Cat People) de Paul Schrader et retrouve pour la troisième fois Lindsay Anderson dans Britannia Hospital. Il tourne pour Blake Edwards dans Sunset (Meurtres à Hollywood - 1988) et interprète un rôle de savant fou dans Delirium de Charles Winkler en 1990. L’année suivante, il incarne l’exécuteur tourmenté des Romanov dans L’assassin du Tsar de Karen Chakhnazarov. Il fait des apparitions dans The Player (1992) de Robert Altman, dans Bopha ! (1993) de Morgan Freeman. En 2002, il joue le directeur artistique de la troupe de danse de Company de Robert Altman, rejoint l’équipe de I'll sleep when I'm dead (Seule la mort peut m’arrêter) de Mike Hodges avec Clive Owen et Charlotte Rampling et en 2005, celle d'En bonne compagnie de Paul Weitz aux côtés de Scarlett Johansson et Dennis Quaid. Malcolm McDowell a le projet de jouer dans Mario et le Magicien, d’après le roman de Thomas Mann, adapté par le regretté Abraham Polonsky et réalisé par Mike Hodges.


ENTRETIEN AVEC MALCOLM McDOWELL


Pourquoi avez-vous choisi de commémorer l’anniversaire de la disparition de Lindsay Anderson avec cette performance théâtrale ?

Août 2004 était la date du dixième anniversaire de la mort de Lindsay. La direction du Festival d’Edimbourg m’a demandé de venir évoquer « ma propre mémoire » des films de Lindsay. Je me suis alors plongé dans les archives de l’Université de Stirling, en Ecosse, située entre Edimbourg et Glasgow, où est conservé le Fonds Lindsay Anderson. Après deux mois de travail, je me suis retrouvé avec énormément de matériel à ma disposition. Finalement, nous avons décidé avec le festival que je raconterais ma propre histoire avec Lindsay mais aussi avec les « collègues » qui évoluaient autour de nous.


Comment avez-vous réalisé le montage du spectacle, mêlant textes et images ?

D’abord j’ai imaginé la scène, une table avec l’Union Jack posé comme une nappe, deux chaises dont une avec le blouson de cuir noir de Lindsay sur le dossier et un lutrin pour les textes. Voilà pour le décor ! Quant à moi, je n’avais plus qu’à travailler pour les caméras. Quand le spectacle a été repris au Théâtre National à Londres, en novembre 2004, un enregistrement en a été fait vidéo mais les cassettes ont été perdues… C’est donc en octobre 2006, lors festival d’Ojai en Californie que nous avons décidés avec Mike Kaplan, de réaliser le film Never Apologize. Pour moi, c’était facile d’être sur scène, j’étais très heureux mais pour Mike c’était assez « stressant » d’enregistrer tout ce matériel puis de finaliser le film avec des photos et des documents.


Ne jamais s’excuser (Never Apologize) est une évocation non seulement de Lindsay Anderson mais aussi d’une époque où il régnait une certaine agitation intellectuelle à Londres …


Lindsay Anderson était un « auteur » au sens français du terme et j’essaye de faire passer cette idée, de montrer comment il la mettait en pratique. C’était un vrai maître qui avait étudié à Oxford. Pour moi, Lindsay était un grand professeur mais je dois dire que nous formions une sorte de couple. Son père, militaire dans l’armée des Indes et sa mère, que j’ai bien connue, très dominatrice, ont sûrement à voir avec le fait qu’il n’avait pas de réelle sexualité. Il n’était pas bavard sur cette question mais il « tombait vraiment en amour » avec ses acteurs. Le premier a été Richard Harris, j’ai sûrement été le second. Lindsay était pudique en ce qui concernait ses sentiments et cela lui donnait, intellectuellement, une manière radicale de s’affirmer. C’était un vrai anarchiste. Il aimait à dire : « I am a Scott » alors qu’il ne mettait jamais les pieds en Ecosse. C’était une façon de se poser, de même qu’il s’en prenait souvent aux Américains, disant d’eux : « They are barbarian ! » C’était émotionnel, il était si anglais ! Son « never apologize » (ne jamais s’excuser) le caractérisait tout à fait. Au cours de ce fameux dîner que je raconte dans le film, il avait « attaqué » Alan Bates en le traitant de « bourgeois ». Ce n’était qu’un jeu, il avait travaillé plusieurs fois avec lui et le respectait beaucoup. Mais nous buvions beaucoup. Je me souviens que ma femme, Mary Steenburgen, a tout oublié de cette soirée, aussi bien ce que nous avons mangé que le départ inattendu d’Alan Bates devant le refus de Lindsay de s’excuser. Lindsay a ensuite écrit une lettre, réellement brillante. C’était l’atmosphère de l’époque. Mon Dieu ! Ce que nous pouvions boire !

Peut-on dire que votre rencontre avec Lindsay a changé votre vie ?

Ma rencontre avec Lindsay a été l’événement le plus important qui me soit arrivé. Lindsay a été plus important que mon propre père... J’appartenais à la classe moyenne et mon père avait quand même assez d’argent pour m’envoyer dans une école privée mais je n’ai jamais été un élève très assidu. Lorsque j’ai commencé à être acteur, j’étais barman pour m’en sortir. C’était difficile d’aller aux auditions. Lindsay est venu vers moi. Il aimait bavarder, raconter des histoires. C’était affreux car je ne le connaissais pas… Lindsay a définitivement changé ma vie à jamais !

Vous avez d’abord tourné dans le premier film de Ken Loach, Poor Cow, en 1967 mais c’est avec I f… que vous avez fait vos débuts à l’écran… En compétition à Cannes, le film reçoit la récompense suprême et dans la foulée vous tournez avec Joseph Losey puis avec Stanley Kubrick…

Avec Ken Loach, j’ai tourné « à moitié » parce qu’il pleuvait tout le temps, j’étais trempé en permanence et au montage, j’ai été coupé. Tout a commencé à Cannes en 1969. If… était tout à fait dans l’esprit de mai 68, avec des jeunes qui se rebellaient contre un ordre établi. C’est alors que Stanley Kubrick m’a proposé le rôle d’Alex dans Orange mécanique. Quant à Losey, il m’a fait un cadeau extraordinaire que d’être éclairé par le maître qu’était Henri Alekan.

Ce qui est intéressant dans Never Apologize est la façon dont vous montrez comment Lindsay Anderson acceptait vos interventions dans le processus même de création, que ce soit dans If… ou dans O Lucky Man ! ...

Quand j’ai proposé, sur le tournage de If…, que la scène passionnelle, qui se passe dans le café, avec la serveuse jouée par Christine Noonan, soit refaite tous nus, Lindsay n’a jamais dit que c’était vraiment une bonne idée. Il a juste dit : « Demandes-lui, toi ! » Ce qui signifiait qu’il attrapait l’idée au bond mais était trop pudique pour l’imposer lui-même. Il instituait entre nous une sorte de jeu diplomatique. Pour la première fois, est apparu sur un écran un couple totalement nu et libre dans une scène totalement primitive, sauvage. C’est la plus belle scène du film. C’est après la projection de If… alors que nous marchions sur la Croisette que Lindsay m’a dit : « Si tu veux faire un autre film avec moi, tu n’as qu’à l’écrire ! » Voilà comment je suis devenu l’auteur, utilisant ma propre expérience, du scénario de O Lucky Man ! Lindsay avait besoin de ce genre de défi, il était à la fois, dominant, brillant et fragile. J’ai toujours pensé que s’il avait assumé sa sexualité, il n’aurait jamais pu réaliser une oeuvre comme If… avec autant de tension et d’érotisme sous-jacent. Grâce à Dieu, nous sommes restés amis. Il m’écrivait de formidables lettres. Lorsqu’il est mort près d’un lac en Dordogne, je suis allé le voir à la morgue et me suis baigné dans ce lac. Lindsay était un poète de l’amour et de la haine.

Entretien réalisé par Michèle Levieux


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